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du bulletin SISTech : novembre 2006
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Bulletin du 17 novembre 2006
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1. Les communautés de pratique de l’armée américaine
: quelles leçons en tirer?
2. Site Web municipal : guide pratique. Les constats préalables
3. L’utilisation d’Internet en campagne électorale
: pour le meilleur et pour le pire !
4. Le cercle de confiance
1.
Les communautés de pratique de l’armée américaine
: quelles leçons en tirer? - Dans le cadre du dernier
colloque du CEFRIO1, deux représentants de l’armée
américaine sont venus témoigner des travaux de leur organisation
en matière de gestion des connaissances. L’intérêt
de leur approche? À en croire Hubert St-Onge, expert en gestion des connaissances
: « bien qu’elle soit relativement récente, l’initiative
de GC de l’armée américaine est probablement la plus avancée
et la plus performante au monde ». Donc, qu’on soit ou non
d’accord avec ce que représente l’armée américaine,
les leçons à tirer de leurs expériences demeurent profitables
pour ceux et celles qui s’intéressent à la gestion des connaissances
en général et aux communautés de pratique en particulier.
Ainsi, lors du
colloque, le Colonel James J. Galvin Jr., directeur du Battle Command Knowledge
System a d’abord présenté le système de gestion des
connaissances top-down qui vise à enrichir les savoirs et les
compétences des soldats qui se préparent à être déployés
sur un terrain d’opération. Ensuite, le Lieutenant-Colonel Tony
Burgess a exposé l’approche bottom-up utilisée
par l’armée américaine : les communautés de pratique
réunissant les commandants de troupes et leur impact sur la performance
individuelle des participants.
Le présent
article traitera plus spécifiquement des communautés de pratique
présentées par le Lieutenant-Colonel Burgess. Ce dernier est d’ailleurs
co-auteur du CompanyCommand: Unleashing the Power of the Army Profession2
qui décrit en détail l’initiative de gestion des connaissances
déployée dans son organisation par des commandants de troupe qui
ressentaient le besoin de partager et d’apprendre les uns des autres.
Divisé en
trois parties, l’ouvrage de 198 pages plonge d’abord le lecteur
dans la réalité de ces commandants militaires en présentant
comment leurs communautés de pratique modifie leur approche de travail.
La seconde partie, certes la plus intéressante pour les civils que nous
sommes, aborde la préparation et la mise en action de ces communautés
de pratique. Il y a là des enseignements très inspirants pour
quiconque souhaite mettre sur pied une telle communauté dans son entourage
professionnel. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage, le symposium
des mentors présente les réflexions de trois experts en matière
de gestion du savoir : Etienne Wenger, Kent Greenes et Hubert St-Onge3.
Voyons maintenant un aperçu du contenu des deux premières parties
du bouquin.
Première
partie : un forum en action…
D’entrée
de jeu, l’histoire de Stephanie Gray, une jeune lieutenant en service
en Irak qui vient de perdre un membre de sa troupe. Stephanie se tourne alors
vers le forum de collaboration de sa communauté pour recevoir un exemple
de lettre de condoléances et certains autres documents, mais aussi pour
recevoir soutien et conseils de ses pairs pour passer au travers cette situation
difficile. Étayé par de nombreux témoignages, l’épisode
illustre les interactions entre les membres de la communauté qui leur
permettent de porter assistance à leur collègue.
Plus loin dans
cette première partie, l’anecdote de l’effet Hubbard
met l’emphase sur l’importance des rencontres en personne des membres
d’une communauté. Dans un autre chapitre, on voit les membres de
la communauté lire ensemble un livre sur les Talibans en préparation
de leur déploiement en Afghanistan. L’échange des notes
de lecture de chacun combiné à l’expérience pratique
de certains membres permet une meilleure assimilation des concepts traités
dans le bouquin. À lire ensemble, on apprend mieux!
Bref, une première
partie riche en anecdotes et témoignages qui permet de saisir l’impact
et l’importance du partage des connaissances entre les membres d’une
même profession qui cherchent à être plus efficaces dans
leur travail.
Seconde
partie : Comment faire…
Selon les auteurs,
celui ou celle qui souhaite amorcer une telle communauté doit d’abord
poser certains jalons. Il faut en définir la signification et les objectifs,
envisager son impact futur et préciser les valeurs de son noyau central
(core values). Ensuite, viennent le recrutement de l’équipe
et la mise en place de l’espace de collaboration. Fait intéressant,
la démarche théorique est présentée avec en trame
de fond l’expérience vécue d’une certaine Deborah
qui souhaite démarrer une sous-communauté d’officiers de
la Police militaire.
Ensuite, vient
la phase de démarrage de la communauté. Encore ici, nous suivons
les péripéties de Deborah qui recrute les membres de sa communauté,
qui anime celle-ci à l’aide de bulletins mensuels et qui sonde
ses membres sur leurs sujets d’intérêt, bref qui s’assure
de conserver l’intérêt et la motivation des participants.
Cette partie du bouquin peut s’avérer particulièrement inspirante
pour un animateur de communauté de pratique qui sent la participation
de ses membres diminuer.
Finalement, les
réflexions des trois experts exposées dans la dernière
partie du livre permettent de dégager des enseignements valables dans
d’autres sphères d’activités civiles. Donc, même
si vous ne souhaitez pas embrasser une carrière militaire, si vous êtes
préoccupés par la performance de vos communautés de pratiques
CompanyCommand: Unleashing the Power of the Army Profession, vaut le
détour. Bonne lecture!
Notes
1 Pour en savoir plus sur le colloque
2 Nancy M. Dixon, Nate Allen, Tony Burgess, Pete Kilner, Steve Schweitzer; CompanyCommand:
Unleashing the Power of the Army Profession; Center for the Advancement of Leader
Development & Organizational Learning (1er janvier, 2005); 198 pages
3 À noter que Hubert St-Onge et Étienne Wenger sont des collaborateurs
de longue date du CEFRIO.
Rédacteur
: Eric Lacroix, Directeur enquêtes et veille stratégique
2. Site Web municipal : guide
pratique. Les constats préalables - Quelle que soit leur
taille et bien qu’il n’existe pas de formule de succès unique,
toutes les municipalités peuvent gagner à adopter les technologies
de l’information et à se faire une place sur le Web. Cependant,
avant même d’entreprendre la conception d’un projet de site
Web, les municipalités doivent réaliser certains grands constats
préalables. Quels sont, par exemple, les principaux avantages associés
à la mise en ligne d’un site municipal pour chacun des acteurs
concernés? Et à quel degré de maturité technologique
la municipalité se situe-t-elle?
Pourquoi
un site Web municipal?
Si les motivations
qui incitent une municipalité à innover par la mise en ligne d’un
site Web sont nombreuses, la première demeure certainement le désir
d’améliorer la qualité des services offerts à ses
diverses clientèles.
Outre ce tout premier
facteur de motivation, d’autres éléments peuvent motiver
une municipalité à faire le saut vers le numérique. Ces
arguments peuvent être divisés en deux grandes catégories
: (1) ceux qui sont associés à l’amélioration du
fonctionnement interne de la collectivité et (2) ceux qui sont plutôt
reliés à la bonification de ses façons de traiter avec
les différents acteurs du milieu.
Les bénéfices internes
- une transformation du fonctionnement interne de la municipalité :
l’implantation des technologies associées à la création
du site peut agir comme tremplin et provoquer une certaine réorganisation
interne;
- une rationalisation des différents processus d’affaires : l’implantation
des nouveaux systèmes et l’intégration de l’information
augmentent la productivité de l’administration municipale en
rendant les processus internes plus efficaces et en évitant les multiples
duplications dans les dédales bureaucratiques de la prestation de services;
- une meilleure gestion des coûts et des services;
- une augmentation de la transparence des processus;
- un meilleur partage de l’information et des connaissances au sein
de l’administration municipale;
- une amélioration des communications internes par la mise en ligne,
par exemple, d’un intranet.
Les bénéfices
externes
- une amélioration de la prestation de services aux citoyens, aux entreprises,
aux touristes ainsi qu’aux investisseurs intéressés par
la municipalité : grâce au site Web, les personnes qui ont besoin
d’information ou d’avoir recours à certains services municipaux
pourront y avoir accès dans des délais plus courts, parfois
même 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7;
- une augmentation du dynamisme des échanges entre ces différents
acteurs et la municipalité;
- une augmentation de la participation de tous les membres de la communauté
aux processus de prise de décision municipaux et partant, une amélioration
de la démocratie locale;
- un renforcement du sentiment d’appartenance à la municipalité
et de la sensibilisation des citoyens aux enjeux municipaux;
- une plus grande valorisation du territoire et des actifs socio-économiques
de la municipalité;
- une meilleure promotion des attraits culturels et touristiques de la municipalité;
- une augmentation du dynamisme de la vie communautaire;
- une contribution directe à la diminution de la fracture numérique
par la mise sur pied, par exemple, d’activités d’initiation
à Internet pour les citoyens.
Les différents
groupes de personnes – citoyens, entreprises, visiteurs, investisseurs,
etc.- qui doivent entrer en relation avec une municipalité tireront eux
aussi bien sûr avantage de la mise en ligne d’un site Web. Voici
quelques-uns des bénéfices qu’ils en retireront :
- un accès facilité à des services de plus grande qualité
et ce, dans de meilleurs délais;
- une augmentation de leur participation à la démocratie locale;
- une simplification des communications et des interactions avec l’administration
municipale;
- le renforcement du sentiment d’inclusion sociale;
- une possibilité de tisser un réseau entre eux et de développer
des alliances pour ainsi mieux répondre aux besoins des clientèles
à desservir;
- une plus grande visibilité aux niveaux local, national voire même,
international;
- un incitatif à faire eux-mêmes le saut dans l’univers
numérique.
Les différents
degrés de maturité technologique d’une municipalité
Avant d’entreprendre
la conception du projet, la municipalité doit aussi se positionner selon
son degré de maturité technologique. Au nombre de six, ces degrés
sont établis selon le niveau de complexité des applications déployées
et selon leur intégration aux dimensions sociales et économiques
de la municipalité. À noter que cette séquence ne prescrit
pas le passage obligé d’un stade à l’autre. Elle vise
plutôt à illustrer le caractère évolutif que peut
prendre la réalisation d’un tel projet. En passant d’un degré
à l’autre, le site s’enrichit de fonctionnalités additionnelles
correspondant à de nouveaux objectifs.
- Degré 0 : La municipalité n’a pas de site Web et son
usage des applications informatiques est très limité.
- Degré 1 : La municipalité dispose d’un site «
vitrine » informationnel qui n’est pas en lien avec les autres
applications informatiques qu’elle utilise.
- Degré 2 : La municipalité a déployé un site
interactionnel qui lui permet d’échanger et de collaborer avec
les citoyens, les entreprises, etc. Le site devient ici un outil de communication
et d’échange avec les différentes clientèles de
la municipalité (citoyens, entreprises, investisseurs, etc.).
- Degré 3 : La municipalité dispose d’un site transactionnel,
intégré avec les autres composantes technologiques qu’elle
utilise. Le site permet ici aux usagers de réaliser certaines transactions
en ligne. Parvenir à un tel degré d’avancement et d’intégration
technologique, constitue un enjeu majeur pour les municipalités qui
ont un véritable souci d’améliorer la qualité du
service rendu aux citoyens.
- Degré 4 : Le site municipal est ici un véritable portail local,
porte d’entrée unique vers l’ensemble de l’information
et des services de la collectivité, incluant le milieu sociocommunautaire.
À ce stade avancé de déploiement, le site franchit les
limites de la municipalité pour devenir un véritable portail
local.
- Degré 5 : Au-delà du déploiement d’un site Web,
la municipalité s’est approprié les technologies jusqu’à
être à l’origine d’une véritable collectivité
apprenante. La transformation de la collectivité locale par les technologies
va ici bien au-delà de la création du site Web lui-même.
Axée sur la communication, la mise en place de collectivités
apprenantes est une des stratégies possibles de développement
local qui tire grand avantage de l’usage des TI. Elle vise à
renforcer les capacités de réseautage des membres de la collectivité,
la capacité citoyenne de ses résidents et enfin, leur participation
aux enjeux démocratiques et aux prises de décision locales.
À
retenir
L’objectif visé par une municipalité qui décide
de se doter d’un site Web ne doit pas être d’offrir des applications
informatiques de plus en plus complexes aux utilisateurs du site, mais bien
de mieux satisfaire leurs besoins et attentes. Ceux-ci doivent en effet être
au cœur du processus de conception du site.
Rédactrice : Catherine Lamy, directrice adjointe, Enquêtes et Veille
stratégique, CEFRIO
Source :
CEFRIO (2006). Site
Web municipal : guide pratique
3. L’utilisation d’Internet
en campagne électorale : pour le meilleur et pour le pire ! -
En 2006, la campagne électorale canadienne a marqué un tournant
en ce qui concerne l’intégration d’Internet dans la stratégie
globale des partis politiques. Des sites Web, des blogues, des vidéos
humoristiques ont été utilisés pour séduire l’électorat
canadien. Si bien que le magazine informatique PC World a créé
le palmarès Federal
Election Digital Awards pour classer les divers outils Web des partis canadiens.
Cet automne, la présence massive sur la Toile des candidats à
la présidentielle de mi-mandat aux États-Unis a confirmé
qu’Internet est dorénavant un incontournable en politique. La France,
qui est en période électorale, semble aussi au diapason en ce
qui concerne l’intégration d’Internet dans les stratégies
des candidats en lice. Bilan des nouvelles implications d’Internet en
politique en vue de comprendre ce qui nous attend lors des prochaines campagnes
électorales canadienne et québécoise.
Les stratégies électorales américaines
De toute évidence, un candidat qui se présente en politique a
tout avantage à être vu et entendu le plus possible, et à
ce propos, Internet offre une vitrine particulièrement intéressante.
De fait, étant peu dispendieuse, facile d’accès et disponible
en tout temps, la Toile offre une kyrielle d’outils de persuasion : publicité
en ligne, mots-clés, podcasts, blogues, flux RSS, dons ou cotisations
en ligne, courriels, listes de diffusion, etc. Selon un sondage mené
cet automne aux États-Unis par Burst Media, 26 % des électeurs
américains considèrent qu’Internet est le meilleur endroit
pour s’informer sur les candidats, ce qui dépasse tous les autres
types de médias, y compris la télévision et les journaux.
Lors de la campagne électorale américaine de 2004, la proportion
d’électeurs qui considéraient Internet comme le moyen privilégié
pour s’informer sur la campagne était de 18 %1. Au détriment
des autres médias, Internet a gagné plusieurs points de pourcentage
en deux ans. Nombre de partis politiques et de candidats possèdent un
site Internet présentant leur plateforme électorale, leurs positions
sur certaines questions, offrant des podcasts audio et vidéo
d’allocutions passées, affichant des blogues et enjoignant les
citoyens à émettre leur opinion. Il s’agit en quelque sorte
du volet sur lequel les prétendants au pouvoir ont le plein contrôle
sur ce qui est dit et censuré.
Cela étant dit, les candidats n’ont pas le plein contrôle
de l’information qui circule à leurs propos sur Internet. À
titre d’exemple, The New York times reprend l’expression
Google-bombing2 pour qualifier la stratégie mise
en place par Chris Bowers, contributeur du Direct Democracy (mydd.com). En quelques
mots, la stratégie avait comme objectif de faire sortir en tête
de liste sur le moteur de recherche Google des liens de pages contenant des
informations compromettantes sur certains candidats lorsque leur nom était
recherché. En élaborant une stratégie de référencement
sauvage ou abusif, Bower a réussi à mettre dans l’embarras
plus de 50 candidats républicains. Ainsi, les premiers résultats
de recherche affichaient des articles tirés de sites d’informations
fiables ou encore des blogues qui faisaient mauvaise presse aux candidats. Par
ailleurs, le site YouTube n’est pas en reste en permettant de visionner
des vidéos mettant dans l’eau chaude certains candidats pris sur
le fait lors de déclarations compromettantes.
Le cadre législatif français
Les événements survenus aux États-Unis durant la dernière
campagne électorale démontrent qu’au-delà des avantages
que présente Internet, les candidats et les citoyens doivent se montrer
vigilants quant à l’information disponible. La France, dont la
campagne présidentielle se déroule en ce moment, s’est dotée
d’un code de conduite sur la propagande en ligne. En octobre dernier,
la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL)
a élaboré une recommandation sur la prospection politique par
Internet. Cette recommandation indique qu’il est dorénavant interdit
aux candidats et aux partis politiques d’utiliser des bases de données
sensibles (aides sociales, taxes foncières, etc.) pour rejoindre par
courriel d’éventuels partisans. Ainsi, les règles de la
prospection commerciale s’appliquent maintenant au contexte électoral,
exception faite qu’un parti ne peut posséder ses propres fichiers
de données. De plus, les communications réalisées sur Internet
doivent clairement identifier de qui origine le message, elles doivent être
gérées par les organisateurs de campagne et déclarées
à la CNIL.
En parallèle, le Forum des droits sur l’Internet (FDI) a effectué
une mise à jour de la communication électorale sur Internet, règles
datant de 2002. Ainsi, s’appliqueront à Internet les règles
régissant les médias traditionnels, c’est-à-dire
des délais comparables précédant le scrutin pour l’arrêt
des diffusions publicitaires (par bannières ou autres liens sponsorisés)
et d’une période de vingt-quatre heures avant le vote pour l’interdiction
des sondages et des communications destinées à l’électorat
(forums, système d’envoi automatique de messages). Reste à
voir si ces balises sauront prévenir des incidents comparables à
ceux survenus aux États-Unis.
Les électeurs sont-ils les gagnants ?
Mais doit-on réellement parler d’incidents ou d’un gain
de pouvoir pour les électeurs? Est-ce une augmentation de la liberté
d’expression et de la pluralité d’opinions et de sources
? Encore, s’agit-il d’une dérive se rapprochant du fait divers
? Des candidats se cachent-ils derrière des internautes (blogueurs) se
qualifiant comme de simples sympathisants ? Pendant que les victimes du Google-bombing
crient au scandale, d’autres (dont l’auteur de la stratégie)
clament l’importance de la transparence et du droit à l’information.
Peu importe de quel côté on se positionne, il demeure qu’Internet
est là pour rester et que son utilisation en période électorale
est appelée à se développer davantage. Enfin, l’utilisation
en contexte de campagne électorale d’Internet et des outils émergents
du Web 2.0 impose une réflexion sur les limites et les avantages offerts.
Il est à parier que les usages émergents (surtout les incidents)
auront bientôt fait d’influencer l’élaboration des
législations protégeant, d’un côté les candidats
et de l’autre les électeurs, contre les abus… de pouvoir.
Notes
1 - Rainie, Lee, Michael Cornfield, John Horrigan. The Internet and Campaign
2004, Pew Internet and Americain life project, 6 mars 2005, p. i.
2 – Pour plus d’information sur le Google-bombing
Rédactrice : Sophie Poudrier, analyste-conseil, Direction des enquêtes
et de la veille stratégique, CEFRIO
Sources :
Carter, Bill, Jacques Steinberg. « Election
night viewing includes Web’s bells and Whistles », The New
York times, 7 novembre 2006.
Zeller JR, Tom. « THE
2006 CAMPAIGN; A New Campaign Tactic: Manipulating Google Data »,
The New York times, 26 octobre 2006, p. 20.
Zeller JR, Tom. « Google-Bombing
by the Netroots », le Blogue The Caucus, The New York times, 23 octobre
2006.
Pisani, Francis. La
campagne électorale à coups de bombes... Google, Yahoo actualité
France, 27 octobre 2006.
Le
cyberespace joue un rôle important dans les élections américaines,
Canoë, 26 octobre 2006.
Burns, Biff. Burst
Media Survey: Voters Turn to Internet as Best Place to Learn About Candidates/Issues,
9 octobre 2006.
Rainie, Lee, Michael Cornfield, John Horrigan. The
Internet and Campaign 2004, Pew Internet and Americain life project, 6 mars
2005.
Devillard, Arnaud. La
Cnil régule la prospection politique en ligne, 01net., 18 octobre
2006.
Devillard, Arnaud. Le FDI
fixe ses règles du jeu de la campagne électorale en ligne,
01net., 20 octobre 2006.
Cousin, Capucine. Le
FDI ajuste ses recommandations sur la Net-campagne électorale, ZDNet
France, 20 octobre 2006.
Guglielminetti, Bruno. « Technologie:
Une campagne électorale plus branchée que jamais »,
[En ligne], Le Devoir, 23 janvier 2006.
4. Le cercle de confiance -
Michel Girard travaille dans l’univers des communautés de pratique
(CdP) depuis plusieurs années. Il a notamment participé au projet
de recherche du CEFRIO intitulé Modes de travail et de collaboration
à l’ère d’Internet, de 2001 à 2005. Il est
chargé de projet de CdP au CEFRIO depuis 2004. Il conseille les dirigeants
et les chargés de projet de CdP dans tous les secteurs d’activité
publics et privés, et il compte une vingtaine de projets de CdP à
son actif.
Il est interviewé par Jocelyne Tremblay, directrice de projet au CEFRIO.
JT - Toi qui es en lien continu avec des organisations variées, de différentes
tailles et provenances, quelles sont les préoccupations qui te sont généralement
exprimées ?
MG - Une préoccupation courante est de savoir quel est le facteur clé
qui fait le succès d’une communauté de pratique. Je réponds
invariablement que les recherches du CEFRIO de même que les débats
entre experts internationaux pointent tous dans la même direction : la
croissance et la maturation d’une communauté reposent sur un ensemble
de facteurs qui forment un tout.
Parmi ces facteurs, je distingue deux groupes. Dans le premier groupe se trouvent
les facteurs dits « structurants » comme le parrainage fort, l’animation
performante et les autres facteurs préalables au démarrage de
la communauté. Dans le second groupe, les facteurs émergent de
l’intérieur de la communauté ; ce sont entre autres l’engagement
des participants les uns envers les autres, la pertinence des sujets ou thèmes
et des problématiques communes, la passion du partage et de la collaboration,
et celui qui cimente progressivement les participants entre eux : la confiance.
JT - Dans le contexte spécifique des CdP, qu’est-ce qu’on
entend par confiance ?
MG - Je te réfère à la définition de Wikipédia
:
La confiance renvoie à une attitude générale,
rencontrée dans des circonstances multiples, où une personne détermine
son comportement sur la base d'un sentiment plus que sur un raisonnement ou
sur une recherche totale de preuves ./…/ La confiance est d'abord le fruit
d'un effet d'expérience : la réussite répétée
d'une action construit la confiance, qui peut conduire à une forme de
comportement réflexe (passer au feu vert lorsque les autres s'arrêtent
au feu rouge). /…/ La confiance a une utilité sociale évidente
au sens où elle favorise l'attitude de coopération, et toute l'activité
économique (échanges, prise de risque, initiatives).
JT – Donc on comprend que la confiance est un élément à
construire dans toute CdP. Alors, comment s’y prend-on pour favoriser
son émergence et sa croissance au sein d’un tel groupe ?
MG - Une réponse intéressante nous vient de Jean-Yves Prax qui
propose une classification simple et claire de ce qu’il appelle les conventions
du travail collaboratif1.
- Catégorie: Intégrité
Caractéristiques: honnêteté, éthique, loyauté,
respect, fiabilité et engagement
Facteurs et comportements: être honnête, tenir ses engagements,
être réactif,
être droit et loyal, être fiable
- Catégorie: Habilitation
Caractéristiques: savoirs, savoir-faire, compétences individuelles
et
collectives
Facteurs et comportements: mettre en application avec succès les savoirs,
compétences, partager les expériences, les bonnes pratiques
- Catégorie:Ouverture
Caractéristiques: volonté de partager des idées et des
informations, intérêt aux autres, apprendre des erreurs
Facteurs et comportements: informer les autres, partager librement les idées
et les informations, être curieux, donner un feed-back positif, reconnaître
ses erreurs
- Catégorie: Charisme
Caractéristiques: empathie, envie de bien faire, bonne volonté,
générosité
Facteurs et comportements: s'entraider, être amical, être courtois,
avoir de la considération, rester humble, savoir apprécier le
travail des autres
- Catégorie: Attentes
Caractéristiques: bénéfice potentiel, cohérence,
évaluation
Facteurs et comportements: être à l'écoute des attentes,
rechercher un consensus ou des compromis, rester cohérent sur les attentes
L’observation systématique des communautés de pratique
m’a amené à porter une attention accrue aux facteurs et
comportements identifiés par Prax.
JT- Si je comprends bien, ce sont ces facteurs et comportements qui sont autant
de pistes à emprunter pour que les participants à une CdP construisent
entre eux des liens de confiance suffisamment forts. Je suppose de cela ne peut
pas se faire du jour au lendemain. Qu’en penses-tu ?
MG - Les experts ont observé que la plupart des communautés de
pratique ont un cycle de vie en plusieurs phases caractéristiques de
leur développement et de leur maturité. Pendant la première
phase, les participants échangent plus d’information (avec une
valeur ajoutée croissante) que de savoir. Pourquoi ? Parce qu’ils
commencent entre autres par approfondir leur connaissance les uns des autres
ce qui les amène peu à peu à tisser entre eux des liens
de confiance (en sociologie : le tissu social). La force de ces liens détermine
en très grande partie le potentiel de la communauté à apprendre,
à collaborer et innover. C’est pourquoi, à mon avis, il
est de la plus haute importance pour les initiateurs, les animateurs et les
observateurs du travail en communauté de pratique d’approfondir
leur connaissance de la confiance et de sa place dans les interactions sociales.
JT - Est-ce que
tu as observé que la confiance se développe plus facilement ou
plus rapidement dans certains contextes organisationnels ?
MG - Il faut bien comprendre que ce ne sont pas les organisations qui peuvent
construire la confiance au sein des CoP, mais bien les individus lorsqu’ils
sont placés en situation de dialogue d’égal à égal.
J’ai trouvé dans un blogue une phrase qui exprime parfaitement
cette idée.
Des personnes partagent l’information généreusement
avec leurs pairs, mais avec réticence (begrudgingly) vers le haut (”plus
de paperasse pour le patron”), et chichement vers le bas dans la hiérarchie
de l’organisation — tout est une question de confiance.1
JT – Finalement, si tu avais un message clé à livrer sur
la base de ton expérience auprès des CdP, quel serait-il ?
MG - Je ne voudrais pas te donner l’impression que la confiance est le
facteur dominant de la vitalité d’une communauté. Au contraire,
je réaffirme que le succès de la collaboration en communauté
de pratique repose sur un ensemble indissociable de facteurs et qu’il
faut porter à chacun une attention particulière et une réflexion
approfondie. Tout compte fait, s’il y a une chose à retenir c’est
que la confiance origine de l’intérieur de la communauté.
Les individus la développent à travers des expériences
communes, en faisant connaissance et en prenant peu à peu la mesure de
leur volonté de s’engager les uns envers les autres.
Note
Conférence faite par Jean-Yves PRAX pour l'ouverture du KMForum 2001,
le mardi 25 septembre 2001, au Palais des Congrès, Porte Maillot, Paris
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