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Archives du bulletin SISTech
: Septembre 2007
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Bulletin du 23 octobre 2007
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1. Collaborer, créer… et innover !
2. Votre organisation est-elle prête à prendre le
virage ?
3. Les technologies de l’information : un levier de
collaboration, de partage et de création !
4. Comment générer des idées et stimuler
l’innovation ?
5. Les
six mythes de la créativité
1. Collaborer, créer… et innover !
Plusieurs études
récentes dans le domaine de la gestion des connaissances le démontrent :
les organisations publiques et privées devront désormais composer
avec un nouveau paradigme. La majorité des experts du domaine s’entendent
en effet pour affirmer qu’une nouvelle économie est à nos
portes : place à la société de la création
et de l’innovation !
Changer ses façons de faire : un gage de réussite !
Bien que la tendance
soit importante, force est de constater que les termes employés pour
la nommer sont loin de faire consensus. « Âge créatif »,
« ère de la créativité », « société
de la création », « économie des idées »,
« paradigme de la conception » sont en effet autant d’expressions
pour désigner une nouvelle réalité qui fait de la création
et de la génération d’idées un véritable impératif
organisationnel. Les spécialistes s’entendent aussi sur les principales
causes de cette transition de l’économie des connaissances vers
celle de la création. Pour Réal Jacob
et Pierre-Jean Benghozi1,
la création constitue en effet, aujourd’hui, le principal facteur
de différenciation des organisations et partant, de leur compétitivité.
Recherche de positionnement donc, non seulement par rapport à la concurrence
étrangère, mais aussi relativement aux exigences des consommateurs
qui réclament désormais des produits et des services hyperdiversifiés,
personnalisés, sur mesure, à moindre coût et produits de
plus en plus rapidement. Laurent Simon2
abonde dans le même sens. Il estime que « l’un des principaux
vecteurs de pérennisation des organisations est l’innovation, dont
les principales sources sont les pratiques de création ».
La solution :
la collaboration renouvelée
Mais qu’entend-on
par les termes « création » et « créativité »
appliqués au contexte organisationnel ? Des définitions formulées
par les experts du domaine, on peut dégager certaines dimensions cruciales
lorsqu’il est question de création. Quand on parle de création,
on fait ainsi référence à :
- un processus
collectif, nourri des interactions des différents acteurs de l’organisation
(dirigeants, employés, clients, fournisseurs, etc.) ;
- qui correspond
à l’expression d’idées ou de solutions novatrices,
dont certaines seront combinées ;
- en vue de leur
mise en œuvre tangible au sein de l’organisation, mise en œuvre
qui, elle, renvoie au concept d’« innovation ».
L’interaction
des personnes, mais aussi de leurs connaissances et de leurs idées, représente
ainsi la pierre angulaire du processus créatif en entreprise. Mais encore,
de façon plus concrète, comment les organisations peuvent-elles
s’inscrire dans le courant et devenir parties prenantes de cette société
de la création ?
1.
Réal Jacob est professeur titulaire, Direction de la valorisation, du
transfert aux entreprises et de la formation des cadres, HEC Montréal
et chercheur associé au CEFRIO, tandis que Pierre-Jean Benghozi est directeur
du Pôle de recherche en économie et gestion à l’École
polytechnique, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (Paris, France).
2.
Laurent Simon est professeur agrégé au Service de l’enseignement
du management des HEC, Montréal
2. Votre organisation est-elle prête à
prendre le virage ?
Pour devenir créatives, les organisations doivent miser sur la socialisation,
soit les interactions des travailleurs, à l’intérieur des
organisations comme avec le milieu externe. Pour ce faire, selon Réal
Jacob, de nouvelles formes organisationnelles fondées sur l’horizontalité,
les réseaux, les équipes et la virtualité doivent être
adoptées.
Et la tâche
n’est pas mince ! D’ailleurs, les sources consultées
sont unanimes pour décrire l’ampleur de la transformation qui attend
les organisations. Pour prendre le virage qui s’impose, celles-ci devront
innover sur tous les plans, que ce soit dans leur modèle d’affaires,
leur modèle de gestion, leur structure organisationnelle, dans l’organisation
du travail, dans l’aménagement des espaces de travail et, au premier
plan, elles auront à instaurer un changement profond de leur culture.
En effet, le discours seul ne tiendra pas la route; l’action devra
être réelle, s’enraciner et transcender toutes les sphères
de l’organisation.
Les études
récentes révèlent d’ailleurs un certain nombre de
catalyseurs susceptibles de stimuler la création et qui constituent ainsi
des pistes d’action pour les organisations. En voici quelques-uns qui
touchent plus particulièrement les individus et le milieu dans lequel
ils évoluent.
- Connaissance
des individus
Ce premier catalyseur
de la créativité peut sembler, de prime abord, banal ou évident.
Toutefois, ce serait faire fausse route que d’espérer que jaillisse
une idée géniale entre des individus dont les caractères
ne sont pas compatibles ou qui ne souhaitent pas collaborer. Il est donc primordial
pour un gestionnaire d’avoir une connaissance et une compréhension
fine de la personnalité, des motivations, des aspirations et des compétences
de chacun de ses employés, et de comprendre la nature et la complexité
des rapports humains qui s’établissent.
- Promotion de
la diversité intellectuelle
La création est, rappelons-le, un processus collectif.
Par conséquent, une organisation a tout intérêt à
regrouper des gens provenant de disciplines variées, possédant
des expériences, des personnalités et des styles de pensée
différents. Pour Réal Jacob, cette diversité intellectuelle
démontre toute sa puissance si on favorise la socialisation et l’établissement
de liens de confiance entre les gens.
- Mobilisation
des employés
La mobilisation tient essentiellement
à deux choses : les motivations intrinsèques des employés
et les stimulants externes. Un travailleur qui exerce des activités correspondant
à ses intérêts personnels et professionnels est généralement
très motivé par son travail. Il semble d’ailleurs que ce
sont les employés heureux qui sont les plus créatifs, de sorte
que Wind (2006) suggère aux organisations d’engager des gens qui
aiment réellement ce qu’ils font.
Mais les organisations ont
aussi leur part de responsabilité : alors comment garder la flamme
bien allumée ? Il semble que ce soit en permettant aux travailleurs
de poursuivre leur développement intellectuel par des cours de formation
et de perfectionnement, de nouvelles expériences de travail et une appartenance
à des réseaux. Il s’agirait pour eux de la meilleure reconnaissance
de leurs compétences et du travail accompli et une excellente source
de motivation au travail, bien plus qu’une récompense uniquement
pécuniaire.
- Valorisation de l’autonomie
Les organisations qui favorisent
l’autonomie et la confiance en soi stimulent la créativité.
Ainsi, Laurent Simon insiste sur le fait qu’un gestionnaire de projet
est à la fois le soutien, l’entraîneur, le gardien des limites
du projet, le porteur de la vision et l’arbitre, mais qu’il n’interfère
pas de façon inopportune et n’intervient que rarement dans la création
elle-même. Réal Jacob utilise pour sa part la métaphore
du chef d’orchestre pour illustrer l’importance de cette sphère
d’autonomie.
Encore une fois,
les experts sont unanimes : sans risque, la créativité n’est
pas possible. Or, pour que les travailleurs acceptent de prendre des risques,
les organisations doivent leur offrir un climat de sécurité. Si
un échec survient, cela leur donne l’occasion d’apprendre
de leurs erreurs.
Pour conclure
La société
de la création qui se tisse s’appuiera sur la qualité, le
nombre et la complexité des interactions des individus, des organisations
et du milieu. Pour que ces interactions conduisent à des innovations
à forte valeur ajoutée, il faudra offrir un environnement favorisant
la collaboration et la créativité. Mettre en place des catalyseurs
clés comme ceux qui ont été présentés sera
certainement un moyen d’y parvenir.
À lire sur le sujet :
- YORAM, Wind.
« Managing
creativity », Rotman Magazine, printemps-été
2006, p. 20‑23.
STOYKO, Peter, G.
Keith HENNING et Deirdre McCAUGHEY. La
créativité à l’œuvre : guide du leadership,
École de la fonction publique du Canada, 2006, p. 23‑31.
3. Les
technologies de l’information : un levier de collaboration, de partage
et de création !
Pour supporter la transmission des connaissances, la collaboration et partant,
susciter la création organisationnelle, différentes applications
technologiques gagnent à être utilisées. Les recherches
sur la gestion des connaissances ont déjà mis de l’avant
l’avantage d’utiliser certains outils de collaboration orientés
projets et qui regroupent, de façon virtuelle, des personnes poursuivant
un objectif précis : collecticiels, intranets, forums de discussion,
etc.
Or, à l’opposé
de ces dispositifs qu’on pourrait qualifier de « traditionnels »,
les logiciels sociaux ont aussi peu à peu pris leur place dans l’univers
de la gestion et du partage des connaissances. Destinés à satisfaire
le désir des individus de se rassembler pour interagir entre eux, ces
outils visent la coévolution des participants, et donc la coconstruction
de leurs savoirs, prémices de la création organisationnelle.
De nouveaux
espaces de collaboration accessibles et faciles à s’approprier !
Apparu en 2004 lors
d’une session de remue-méninges entre Dale Dougherty d’O’Reilly
et Craig Cline de MediaLive pour préparer une conférence, le concept
du Web 2.0 renforce encore cette tendance vers des technologies davantage collaboratives
et participatives. En voici quelques applications phares : les blogues,
les sites Wikis, la folksonomie, les sites partage tel Flickr, destiné
à l’échange de photos (http://www.flickr.com/),
ou de personnalisation d’espaces Web qui permettent à chacun de
construire son espace personnel sur la Toile, tel Facebook (http://www.facebook.com/).
Les développements
des technologies vont tout à fait dans le même sens que l’évolution
de la société de la connaissance vers celle de la création.
En se transformant pour supporter l’interaction, la coconstruction de
connaissances et favoriser l’initiative et la créativité
des internautes, les technologies garantissent un socle solide aux organisations
à la recherche d’outils innovants.
Pour plus de détails
sur l’historique du concept, voir l’article « Web 2.0 :
évolution ou révolution d’Internet », publié
par Isabelle Poulin dans le bulletin SISTech du CEFRIO le 3 février
2006, http://www.infometre.cefrio.qc.ca/loupe/sistech/0206.asp#1
4.
Comment générer des idées et stimuler l’innovation ?
Pour deux des experts consultés,
Laurent Simon, professeur agrégé et consultant aux HEC Montréal,
et Luc Dupont, professeur titulaire à l’Université d’Ottawa,
l’une des solutions réside certainement dans la réhabilitation
du jeu dans l’organisation. Pour Simon, qui a d’ailleurs consacré
sa thèse de doctorat au « management dans l’univers
ludique », il est clair qu’en « abordant le projet
[…] comme un jeu, les gestionnaires apportent une réponse efficace
pour stimuler, capter, canaliser et rentabiliser la créativité
individuelle et collective ».
Cependant, comme le souligne
Luc Dupont, cette idée d’intégrer un volet ludique aux processus
de gestion des organisations risque fort de rencontrer des résistances.
Car qui dit jeu dit amusement, concept qui, il faut l’avouer, semble à
des lieues de pouvoir contribuer à la productivité d’une
entreprise.
Enfin, si vous souhaitez
initier les membres de votre équipe de travail à une telle démarche,
Luc Dupont recommande l’emploi de jeux simples et bien connus, mais qui
ont fait leurs preuves : jeu du dictionnaire, des symboles ou des associations,
de la bulle, etc. Le chercheur conseille aussi le recours aux sessions de remue-méninges
(brainstorming) dont les quatre règles fondamentales sont d’ailleurs
à la base de tout exercice de créativité collective :
- Favoriser la quantité
d’idées exprimées et récolter toutes les idées :
selon Luc Dupont, bien que la société valorise la qualité
au détriment de la quantité, toutes les recherches dans le domaine
de la créativité indiquent que la bonne idée est issue
de la quantité et non de la qualité au préalable;
- Accepter de jouer en
équipe et s'abstenir de juger, critiquer, discuter les idées
proposées;
- Accueillir l’ensemble
des idées, aussi saugrenues ou inhabituelles puissent-elles paraître
au départ : ce respect des personnes constitue la pierre angulaire
du succès de la démarche et l’un des intérêts
premiers de la méthode;
- Combiner, reformuler
et améliorer les idées : l’exercice exige enfin de
savoir construire sur l’idée d’un autre, la relancer en
vue de son amélioration.
5.
Les six mythes de la créativité
Teresa Amabile, chercheuse
de la prestigieuse Harvard Business School, a consacré plus d’une
trentaine d’années à étudier l’innovation organisationnelle.
Dans le cadre de ses travaux, elle a colligé près de 12 000
inscriptions dans les journaux quotidiens tenus par 238 personnes travaillant
sur les projets « créatifs » au sein de sept organisations
différentes dans le but de mettre au jour les tenants et les aboutissants
de la créativité en milieu de travail.
Au terme de cet exercice,
Amabile a dressé la liste des six idées préconçues
les plus tenaces concernant la créativité organisationnelle. Ces
mythes sont :
- La créativité
est issue des gens créatifs : selon Amabile, avec laquelle
plusieurs experts sont d’ailleurs en accord, toute personne normalement
intelligente est capable de déployer un certain degré de créativité
dans le cadre de son travail. Et si plusieurs facteurs peuvent contribuer
à favoriser la créativité (l’expérience,
le talent, l’habileté de penser de façon innovante, etc.),
la motivation et la passion se révèlent particulièrement
critiques.
- La reconnaissance
pécuniaire favorise la créativité : les
travaux de la chercheuse démontrent au contraire que les gens attribuent
davantage de valeur à un environnement de travail ainsi qu’à
des projets stimulants, en lien avec leurs intérêts et qui leur
permettent de s’engager pleinement et d’apprendre constamment,
qu’à une reconnaissance purement pécuniaire.
- La pression des
délais stimule la créativité : pour véritablement
s’exercer, la créativité nécessite une « période
d’incubation » qui laisse le temps aux personnes de réfléchir
au problème à résoudre et de laisser émerger les
solutions éventuelles.
- La peur et la
tristesse aiguillonnent la pensée créative : contrairement
au mythe selon lequel les grands créateurs seraient aussi de grands
malheureux, la recherche menée par Amabile démontre que plus
les gens sont heureux et stimulés par leur travail, plus ils sont susceptibles
d’avoir des idées créatives.
- La compétition
est un plus grand incitatif que la collaboration : bien au contraire,
les équipes de travail les plus créatives sont celles où
les participants se sentent en confiance pour transmettre leurs idées.
En effet, quand les gens sont en compétition entre eux, pour faire
reconnaître leur expertise par exemple, ils n’échangent
plus leurs connaissances avec leurs pairs.
- Une organisation
« dégraissée » est plus créative :
les émotions négatives suscitées par la réduction
des effectifs (anxiété, peur, etc.) conduisent plutôt
les personnes à se désengager de leur travail et à se
montrer moins innovantes.
Pour en savoir plus :
Breen, Bill (2004). « The 6 myths of creativity »
[En ligne], FastCompany, no 89, déc., p. 75.
http://www.fastcompany.com/magazine/89/creativity.html
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