« Impact du commerce
électronique sur la fonction marketin », Chaire internationale
CMA, automne 2001
Bulletin du 14 septembre 2001
1. Principes guidant la nouvelle économie
2. Attentat contre les États-Unis : Internet passe le test
3. Les juges fédéraux américains sont inquiets devant l'adoption
imminente d'un plan de surveillance de leurs activités en ligne
1. PRINCIPES GUIDANT LA NOUVELLE ÉCONOMIE - Le moins que l'on
puisse dire est que l'existence d'une « nouvelle économie » a
paru plutôt incertaine dans la dernière année. Les excès
spectaculaires des marchés boursiers, largement basés sur des
modèles d'affaires non existants ou complètement absurdes, n'ont
rien fait pour aider la cause. D'ailleurs, la mode des sociétés
point-coms a largement contribué à nous distraire et à nous
éloigner des vrais principes d'Internet. L'exubérance
irrationnelle d'hier semble néanmoins s'être transformée et la
nouvelle économie semble de plus en plus vivante .
De nos jours, les profonds changements auxquels industries et
entreprises font face redéfinissent de nouvelles frontières en
matière de stratégie d'affaires. Afin de conserver leurs
avantages concurrentiels, les entreprises doivent être de plus
en plus efficientes et efficaces dans la production de biens ou
services. La performance des organisations ne doit pas être
calculée en fonction du nombre de visites uniques qu'une
entreprise reçoit sur son site ou du nombre de minutes qu'un
internaute prend pour visionner une page, mais bien en
fonction, comme toujours, d'une profitabilité soutenue. Les
sociétés du 21e siècle, en plus de pouvoir compter sur les
infrastructures (chemins de fer, électricité, téléphone,
télécopieur, etc.) ayant mené le 20e siècle à la prospérité,
peuvent également compter sur des réseaux beaucoup plus
complexes (Internet, partage de connaissances, partenariats
entre entreprises, etc.) afin de créer leurs produits et
services et ainsi fournir à leurs clients une valeur unique.
Selon Don Tapscott, auteur et spécialiste en stratégie
d'affaires aux États-Unis, six principes guident la nouvelle
économie :
- La nouvelle infrastructure qu'est Internet devient de plus en
plus la base de la création de richesse de notre société.
- De nouveaux modèles d'affaires viennent affecter
l'architecture même des entreprises en leur permettant d'étendre
leurs frontières et de créer de nouvelles dynamiques avec leur
environnement et plus particulièrement leurs clients et leurs
fournisseurs.
- La connaissance est maintenant largement reconnue comme
l'élément moteur des organisations.
- La production de richesse n'est plus le château fort des
grandes organisations. Elle est plutôt entre les mains des PME.
- Le principe de la formation à vie des employés crée un
bouleversement non seulement auprès des individus mais également
auprès des institutions d'enseignement et sous-tend l'ensemble
des éléments nécessaires au développement d'une société du
savoir.
- Les nouvelles formes de gouvernance, autant au niveau privé
que public, font passer les organisations d'une gestion
bureaucratique à une gouvernance " collective " davantage axée
sur les attentes et les besoins des clients et des citoyens.
Chose certaine, les caractéristiques intrinsèques du 21e siècle
procurent aux organisations de nouveaux défis, uniques à cette
ère où les technologies, le savoir et l'innovation sont maîtres
et les organisations autant privées que publiques devront
s'adapter.
Rédacteur : François Dubeau, analyste-conseil en veille
Stratégique
Source : Don Tapscott, " Rethinking Strategy in a Networked
World ", Strategy + Business, issue 24, Third Quarter 2001
2. ATTENTAT CONTRE LES ÉTATS-UNIS: INTERNET PASSE LE TEST -
Commentaire entendu sur les ondes d'une station de radio de
Québec, le mardi 11 septembre 2001, quelques heures après
l'attentat terroriste contre les États-Unis : « En tout cas,
dans une situation de crise, on vient de voir qu'Internet c'est
bon à rien. TV/radio : 1, Internet : 0. » Évidemment, le
commentateur faisait référence à la difficulté, voire à
l'impossibilité de se brancher aux différents sites d'actualités
dont les serveurs succombaient tour à tour sous un achalandage
aussi fort qu'imprévu.
Cependant, ne s'attarder qu'à cette seule observation pour juger
de la « performance » d'Internet serait faire fausse route.
Certes, au cours des événements tragiques qui ont bouleversé
l'Amérique et le monde, Internet a subi un test important, mais,
s'il a fléchi, le réseau n'a pas cédé. D'ailleurs, l'examen des
données du « Global Traffic Index » publiées par « Internet
Traffic Report » révèle que, dans l'ensemble, le réseau
supportait relativement bien la charge imposée. Donc, pendant
que les sites d'actualités craquaient sous la pression, des
milliers de courriels et de messages instantanés parvenaient à
destination et rassuraient des parents et amis inquiets. Et ce,
au moment où les liens téléphoniques, terrestres et sans fil, ne
suffisaient plus à la demande. Il va sans dire que la chute des
tours de transmission situées précisément sur le World Trade
Center n'aidaient pas la situation.
Cependant, Reuters rapporte que des problèmes de communication
téléphonique avec les États-Unis affectaient même certaines
régions d'Asie. De leur côté, les communications par Internet à
partir de la même région n'étaient guère affectées.
Bref, le réseau Internet s'est avéré inférieur à la télévision
en matière de transmission unidirectionnelle d'information. En
revanche, il a démontré ses capacités immenses comme outil de
communication en situation de crise. D'ailleurs, n'oublions pas
que l'ARPANET, ancêtre d'Internet, avait été conçu par les
militaires américains comme un réseau informatique de
communication qui devait continuer de fonctionner en cas de
guerre...
Rédacteur : Éric Lacroix, directeur de la veille stratégique
Sources :
La page d'accueil du Internet Traffic Report
Internet Crucial Following Attacks
Asia Hits Phone Lines, Internet After U.S. Attack
Histoire d'Internet par Robert H Zakon
3. LES JUGES FÉDÉRAUX AMÉRICAINS SONT INQUIETS DEVANT L'ADOPTION
IMMINENTE D'UN PLAN DE SURVEILLANCE DE LEURS ACTIVITÉS EN LIGNE -
Décidément, l'utilisation du Net au travail et l'implantation de
systèmes de gestion des activités en ligne des employés font
couler beaucoup d'encre par les temps qui courent. L'équilibre
entre, d'une part, le désir légitime d'une entreprise de
protéger des renseignements stratégiques et de voir ses
travailleurs utiliser leur temps à bon escient et, d'autre part,
la vie privée de ceux-ci, semble en effet très difficile à
atteindre... et c'est précisément là que le bât blesse.
Aux États-Unis par exemple, s'étant inclinées sous les pressions
des juges fédéraux, les autorités judiciaires sont en voie
d'adopter une version édulcorée d'un plan de surveillance des
activités virtuelles des employés des diverses cours fédérales.
Proposé par le Judicial Conference's Committee on Automation and
Technology, le plan initial recommandait que chaque cour mette
en place un système de gestion des courriels et des sessions de
navigation sur le Web de leurs employés pour contrôler les
usages inappropriés du Net au travail (téléchargement de
musique, jeux en ligne, etc.). Le comité préconisait en outre
que cette politique d'utilisation acceptable soit clairement
diffusée sous forme de bannière et ce, à chaque nouveau
branchement d'un employé sur le Net. Selon le directeur de la
Judicial Conference, sans doute inspiré par les réserves émises
par plusieurs juges, cet avis aurait pu alarmer indûment les
travailleurs des cours fédérales en ce qui a trait à la privauté
de leurs communications, et est en conséquence disparu de la
version finale du projet. Pour Marc Rotenber, directeur exécutif
de l'Electronic Privacy Information Center (EPIC), cette simple
annonce n'aurait d'ailleurs pu résoudre à elle seule les
problèmes que représentent de tels projets de surveillance des
employés lorsque mis en relation avec le Quatrième amendement de
la Constitution américaine.
Le dilemme demeure donc entier. Peut-on ou non, dans le cadre
légal actuel, tracer une ligne de partage sans équivoque entre
les droits d'une entreprise et ceux de ses employés? Là est la
question.
Parions que, portés par la tragédie de mardi dernier, les
Américains sauront résoudre l'énigme sous peu et implanter des
mesures de sécurité et de surveillance accrues de l'univers
virtuel et ce, tout à fait légalement.
Rédactrice : Catherine Lamy, analyste-conseil en veille
Stratégique
Source : Brian Krebs, Federal Courts Alter Plan to Monitor
Employees'Net Use, Newsbytes, 10 septembre 2001
Bulletin du 7 septembre 2001
1. Et si vos anciens employés vous coûtaient une petite fortune?
2. Commerce électronique et ventes en ligne : où en sont nos
voisins du sud?
3. Un personnel diversifié pour mieux comprendre sa clientèle
1. ET SI VOS ANCIENS EMPLOYÉS VOUS COÛTAIENT UNE PETITE FORTUNE? -
Selon le Département du commerce américain, près de 1,1 million
de travailleurs ont perdu leur emploi au cours des six premiers
mois de 2001 aux États-Unis. Si ce chiffre est déjà effarant, le
nombre de ces anciens employés qui disposeraient toujours d'un
accès actif au réseau informatique de leurs ex-patrons, s'il
était connu, aurait lui aussi de quoi surprendre et inquiéter.
Pour l'auteur de l'article, John Fontana, ces « comptes fantômes »
(ghost accounts) qui, par négligence, manque de temps ou absence
de procédures adéquates, demeurent ouverts, et ce, malgré le
départ de ceux auxquels ils étaient attribués, constituent en
effet une voie d'accès au cœur même de l'entreprise et partant,
une faille importante de son système de sécurité. Des anciens
employés mécontents pourraient ainsi représenter une véritable
menace pour l'organisation qui les a licenciés, en s'attaquant
par exemple à son ordinateur central, à ses différentes bases de
données et serveurs ou à son intranet. De tels cas de sabotage
ont par ailleurs déjà démontré l'ampleur de la problématique et
ont mis en lumière les talents de hackers d'ex-travailleurs à
l'esprit vengeur.
Pour enrayer le fléau, les experts en sécurité recommandent une
combinaison de procédures et de politiques mais surtout, une
automatisation du processus de désactivation, automatisation qui
seule peut assurer de façon sans équivoque le succès de
l'opération. Différents produits supportant la procédure
existent en outre sur le marché (provisioning software) et
peuvent efficacement activer ou désactiver les comptes usagers.
Comme le souligne enfin Larry Rogers, membre senior d'une équipe
technique au Computer Emergency Response Team Coordination
Center, l'élément humain demeurant souvent le maillon faible de
l'organisation, la sensibilisation à l'ingénierie sociale
devrait en outre être idéalement jumelée à ces solutions
technologiques. En clair, tous les employés, administrateurs et
autres membres de l'entreprise devraient être sensibilisés aux
dangers inhérents au partage de mots de passe et de codes
d'accès ainsi qu'à la réactivation de comptes fermés.
Rédactrice : Catherine Lamy, analyste-conseil en veille
Stratégique
Source : John Fontana, Ghost Accounts : an Open Door to Network
Sabotage, ITWorld Canada.com, 27 août 2001
2. COMMERCE ÉLECTRONIQUE ET VENTES EN LIGNE : OÙ EN SONT NOS
VOISINS DU SUD? - Une fois de plus, la question est de mise : les
ventes en ligne augmentent-elles ou diminuent-elles chez nos
voisins du Sud? Si on se fie au titre du communiqué de presse
du US Department of Commerce : « RETAIL E-COMMERCE SALES IN
SECOND QUARTER 2001 WERE $7.5 BILLION, UP 24.7 PERCENT FROM
SECOND QUARTER 2000, CENSUS BUREAU REPORTS », on doit conclure à
une augmentation. Pourtant, à partir du même communiqué de
presse, CNET News titrait « ONLINE PURCHASES SLIDE AGAIN, U.S.
SAYS ».
Nous avons déjà traité de cette question dans une édition
précédente, en mettant en garde les lecteurs contre les
comparaisons intra-annuelles (du premier au deuxième trimestre
de 2001) par rapport aux comparaisons interannuelles (du
deuxième trimestre de 2000 au deuxième trimestre de 2001). N'y
revenons pas.
Que disent les résultats? Cette année, les ventes ont été plus
faibles en avril-mai-juin 2001 (7,5 milliards) qu'en janvier-
février-mars (7,6 milliards). Par contre, les 7,5 milliards du
deuxième trimestre constituaient une forte augmentation par
rapport au deuxième trimestre de 2000 (6 milliards). Qu'en
conclure? En bref, sur une base annuelle, le commerce
électronique poursuit une certaine croissance, moins rapide
qu'anticipée, mais néanmoins bien réelle.
Cependant, derrière ces montants de ventes, se cache une réalité
troublante : la part de l'ensemble des ventes au détail
attribuable au commerce électronique semble être stagnante,
voire décroissante. De 1,09 % au quatrième trimestre de 2000,
celle-ci est passée à 1,04 % au premier trimestre de 2001 et à
0,92 % au deuxième trimestre. Donc, depuis le début de l'année,
les ventes en ligne diminuent davantage (ou augmentent plus
lentement) que l'ensemble du commerce de détail américain.
Comment interpréter cette nouvelle tendance?
Les plus optimistes déclareront qu'il s'agit seulement du
résultat d'une conjoncture ponctuelle et que nous sommes à
l'aube d'une nouvelle croissance importante. Rappelons qu'il y a
quelques années, certains prédisaient que d'ici 2010, 15 % à
20 % des ventes de détail se feraient par voie électronique.
Pour que cette prophétie se concrétise, la croissance devra
effectivement reprendre et bientôt.
Pour leur part, les pessimistes affirmeront qu'on commence à
percevoir les limites et l'impact réel - très marginal - du
commerce électronique sur les ventes au détail. Bref, les
centres d'achats en briques et mortiers ne sont pas à la veille
d'être remplacés par des centres commerciaux virtuels.
Sans doute que la vérité se situe en ces deux pôles. Le commerce
électronique de détail n'est certes pas sur le point de
s'éteindre, mais quelle sera son importance dans 10, 15 ou 20 ans?
Bien malin qui peut le prédire...
Rédacteur : Éric Lacroix, directeur de la veille stratégique
Sources :
RETAIL E-COMMERCE SALES IN SECOND QUARTER 2001 WERE $7.5
BILLION, UP 24.7 PERCENT FROM SECOND QUARTER 2000, CENSUS BUREAU
REPORTS, 30 août 2001
ONLINE PURCHASES SLIDE AGAIN, U.S. SAYS, 30 août 2001
Bulletin Sistech : COMMERCE ÉLECTRONIQUE : PRUDENCE AVEC
L'INTERPRÉTATION DES STATISTIQUES, 18 mai 2001
3. UN PERSONNEL DIVERSIFIÉ POUR MIEUX COMPRENDRE SA CLIENTÈLE -
Depuis quelque temps, on observe que la main-d'œuvre propre au
secteur des technologies de l'information (TI) est de plus en
plus issue de milieux variés, qu'elle possède des expériences ou
des habiletés physiques différentes ou encore, qu'elle est de
religion ou d'appartenance ethnique diversifiée.
À cet égard, des gestionnaires, dont Ellen Passmore du
gouvernement de l'Ontario, et Margaret Clark, cadre supérieur en
gestion des ressources humaines chez Oracle Corporation Canada
inc., s'accordent pour dire que d'ouvrir grand les portes de son
entreprise aux minorités reflète un bon sens des affaires. La
culture de la diversité permet, entre autres, à l'organisation
de bénéficier des différences individuelles de chacun et
d'examiner certaines problématiques ou questions d'affaires sous
différentes perspectives. L'entreprise qui tient compte des
points de vue exprimés jouit ainsi d'une plus grande agilité et
créativité.
Par ailleurs, dans un contexte où la population des travailleurs
se fait vieillissante, il est impératif de songer à la relève.
Le milieu des TI est plutôt jeune. De plus, ce secteur attire
fondamentalement des gens qui possèdent des expériences
(backgrounds) de toutes sortes puisqu'il est reconnu comme
offrant de très bonnes opportunités et de bons salaires.
L'entreprise doit donc étendre son réseau et recruter du
personnel diversifié si elle veut embaucher la ˍ meilleure »
main-d'œuvre.
IBM Canada ltée. a mis en place des programmes de cette nature.
La directrice Susan Turner affirme qu'en plus d'accommoder et de
bien accueillir tous les employés, les efforts consentis pour
instaurer ces programmes ne sont pas vains car ils représentent
une solution gagnante pour tout le monde au sein de
l'entreprise. À titre d'exemple, IBM a formé un groupe
d'employés de différentes religions. Ce regroupement a permis de
mettre sur pied une politique à caractère religieux (religious
accommodation policy) et ainsi de respecter les croyances et les
exigences religieuses de chacun.
Oracle Canada, pour sa part, a conclu des ententes de
partenariat avec plusieurs organisations externes pour mieux
développer son nouvel environnement. Parmi les groupes
approchés, notons le Conseil canadien de la réadaptation et du
travail, l'Association canadienne des paraplégiques, l'Institut
national canadien pour les aveugles, Native Women's Association
of Canada, le Congrès des peuples autochtones et la Société des
Canadiennes dans la science et la technologie.
Enfin, retenons que les compagnies informatiques réalisent peu à
peu que la meilleure façon de retenir ses meilleurs employés et
de bien comprendre ses clients est d'embaucher du personnel
diversifié, représentatif de la population.
Rédactrice : Isabelle Poulin, documentaliste, responsable du
service SISTech, CEFRIO
Source : Computerworld Canada, 24 août 2001